• L’Éducation Nationale s'intéresse depuis quelques années aux enfants à haut potentiel intellectuel. Il y a d'une part un effet de mode, mais aussi une réalité du terrain : entre 2 à 3 % de la population est concernée. Leur situation peut nécessiter une scolarité aménagée (différenciation, décloisonnements, sauts de classe), ou pas. Être repérés par les enseignants, ou par les parents, ou pas. Être en échec scolaire, ou pas.

    La littérature regorge de livres traitant de la question. Certains psychologues s'en sont fait une spécialité, comme Jeanne SIAUD-FACHIN, Jean-Charles TERRASSIER ou Arielle ADDA. On trouve des blogs de parents d'enfants précoces (le plus célèbre étant les Tribulations d'un Petit zèbre, l'auteur étant elle-même HQI Asperger). Régulièrement la presse s'empare du phénomène, et encore dernièrement, des émissions de téléréalité que l'on pourrait qualifier de racoleuses, montrent certains petits phénomènes, souvent des caricatures dans l'univers des enfants dits précoces.

    Comment prendre du recul sur cette question et échapper aux lieux communs, voire aux idées reçues ? Une conférence disponible sur Internet peut vous y aider, elle propose une approche scientifique de la question, rafraîchissante au milieu de tous ces discours redondants.

    Nicolas GAUVRIT est docteur en sciences cognitives, chercheur au laboratoire CHArt (cognition humaine et artificielle. Il intervient aussi à l'ESPE du Nord-Pas-de-Calais dans la formation des futurs enseignants, entre autres. Lors de cette conférence (intervention pendant l'Intelligence day 2016, le 19/11/2016 à Bruxelles, organisé par Mensa), Nicolas GAUVRIT explique qu'il a cherché à travailler sur les idées rependues autour des personnes concernées par le haut potentiel, et à vérifier si les études scientifiques démontrent ces idées.

    (visible aussi ici : vidéo sur YouTube)

    Au début de la conférence, l'intervenant explique que beaucoup d'idées répandues naissent puis tournent en boucle sur les médias sans que personne ne s'inquiète vraiment de leur véracité scientifique.

    Il explique aussi que s'intéresser à ce sujet amène à interroger sur la définition et à l’échantillonnage des études sur le sujet.

    Si vous n'avez pas le temps de visionner cette vidéo, voici un petit topo sur ses conclusions concernant les points suivants :

    - Les élèves auraient une personnalité particulière : en cherchant les études sur la question, le seul point scientifiquement prouvé est que les personnes à haut potentiel sont généralement plus ouvertes : c'est la seule caractéristique sur la laquelle a été trouvé un -petit- écart notable. Pas de personnalité particulière donc pour les personnes à haut potentiel, à part cette petite différence.

    - La pensée en arborescence : les personnes ordinaires auraient une pensée linéaire. Les personnes à haut potentiel auraient une pensée "en arborescence", ce qui expliquerait un encombrement de la pensée. Or, cette notion de pensée en arborescence n'existe pas dans la littérature scientifique.
    Par contre la notion de pensée divergente existe, mais ce n'est pas un mode de pensée  : c'est une des composantes de la pensée ordinaire, certains l'ont juste plus que d'autres. Les personnes à haut potentiel ont en effet des scores de pensée divergente supérieure à la moyenne. En gros, elles ont plus d'idées à partir d'un point de départ unique. Mais ce n'est quand même pas la même chose que d'avoir une pensée en arborescence, ce qui n'existe pas.

    - Être surdoué c'est une calamité : l'intelligence serait anxiogène. Cette idée est généralement admise par le grand public. Sauf que la moitié des études traitant de cette question trouvent que les HQI sont aussi anxieux que les autres personnes (pas de différence), et l'autre moitié des études disent que globalement les HQI sont moins anxieux que les autres.
    Dans une étude cependant, concernant l'anxiété métaphysique des enfants ou des adolescents (les grandes questions existentielles), montre une anxiété un peu plus grande chez les hauts potentiels. Pour les autres types d'anxiété, soit pas de différence, ou moins d'anxiété chez les HQI.

    - L'échec scolaire : à partir de 130, ça augmenterait soit votre réussite scolaire, soit votre risque d'échouer à l'école, suivant la mode du moment. Qu'en est-il réellement ?
    De nos jours, on entend parler de 30 % d'échec scolaire chez les élèves concernés, voire 70 % (chiffre trouvé dans un article du Figaro étudiant). L'idée était tellement répétée, promue par les associations de parents d'enfants précoces, que le chiffre est même apparu sur le site du ministère pendant un temps. Or les sources de ces chiffres n'ont pas été trouvées. 
    Nicolas GAUVRIT cite alors une étude avec un échantillon représentatif de 30 000 élèves, sur les résultats au brevet des collèges en fonction du QI. Première conclusion de cette étude : plus le QI est élevé, plus les notes en moyenne sont élevées. Autre constatation : sur 200 élèves ayant un QI supérieur de 130, un seul a échoué au brevet (0,5 % de la population concernée). Loin des 30 % d'échec, donc.

    Pour conclure, ces idées négatives sont à éviter.
    Avoir un haut QI n'est pas un handicap, ne donne pas plus d'anxiété qu'aux autres et globalement, prédispose même à la réussite scolaire. En tout cas, les études scientifiques actuelles ne le démontrent pas, et montrent même le contraire.

    Le défaut des exemples donnés dans la littérature sur le sujet est qu'ils sont généralisés : oui, il existe des personnes à haut potentiel anxieuses et/ou en échec scolaire. Mais ce n'est pas la généralité, ni même à la hauteur des chiffres véhiculés dans les médias.

    En fin de conférence, en répondant aux questions, Nicolas GAUVRIT évoque les éventuelles difficultés d'intégration de ces élèves. Il semble qu'elles dépendent du milieu dans lequel ils évoluent, mais ont bien été repérées par les chercheurs. Il ne s'agit donc pas de les nier non plus : avoir un HQI peut amener à des difficultés d'intégration. Ou pas !

    Dans cet article, co-écrit avec Franck RAMUS (directeur de recherches au département d’études cognitives de l’École Normale Supérieure), il explique aussi qu’être très intelligent ne prédispose pas non plus à des troubles psychologiques. J'aime particulièrement sa conclusion :

    "Une des raisons de la persistance de ces mythes est que des spécialistes de terrain, qui n’ont pas le recul que donne l’épidémiologie, ont cru les observer. Ces praticiens ont hélas accès à un échantillon fortement biaisé. Les HPI qui ne souffrent pas de troubles particuliers ne consultent que peu, sont rarement repérés et pour la plupart ne connaissent pas leur QI. Pour cette raison, les cliniciens voient défiler essentiellement des HPI souffrant de divers troubles, leur donnant l’impression fausse d’un lien. Lorsqu’on prend du recul et qu’on cherche un échantillon représentatif de l’ensemble des HPI, le tableau est tout à fait différent et bien plus réjouissant pour les personnes concernées."

    Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture de son livre  "Les surdoués ordinaires", chez PUF, où il explique la difficulté de trouver des études fiables sur le sujet, avec humour et rigueur scientifique, et expose ses conclusions sur le sujet.

     ***

    Et maintenant, en tant qu'enseignants, que faut-il retenir de ces informations ?

    La principale chose à retenir pour moi est qu'être HQI n'est pas une catastrophe, au contraire semble-t-il. Mais que oui, cela peut amener des difficultés d'intégration, parfois des difficultés scolaires. Cependant, chaque enfant est unique et ne peut pas se résumer à un QI, puisqu'un QI ne donne pas un caractère particulier (à part cette ouverture sur le monde un peu plus grande que la moyenne). Il n'y a donc pas une recette unique à appliquer aux enfants bénéficiant d'un haut QI.

    Il me semble important de ne pas rester seul(e) : le regard de l'équipe, celui du RASED et ceux des intervenants extérieurs comme des parents doivent se croiser.
    Des aménagements peuvent être proposés dans l'intérêt de l'élève, le saut de classe ne devant pas nécessairement être la règle : un décloisonnement dans une classe au dessus pour une matière, un enrichissement de l'enseignement ponctuel ou régulier, peuvent très bien maintenir éveillé l'appétit de ces élèves, s'ils sont demandeurs.

    Et ne pas oublier, surtout, que même à haut potentiel, ce sont avant tout des enfants : ils ont besoin d'apprendre comme les autres, de travailler comme les autres, d'être encouragés comme les autres.


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  • Je souhaite aujourd'hui vous faire connaître, si ce n'est pas déjà le cas, les mallettes numériques qui peuvent être une source d'aide pour gérer les difficultés du quotidien de la classe. Elles sont disponibles sur la Wikiversité.

    Mais d'abord, la Wikiversité, c’est quoi ?

    C’est une communauté pédagogique libre à laquelle chacun peut prendre part. On y trouve de nombreuses leçons issues de diverses facultés, et de multiples travaux de recherche. Cette initiative est soutenue par la Wikimedia Foundation qui héberge sur ses serveurs plusieurs projets wiki libres, dont le plus connu est Wikipédia.

    Mallettes AccessiProf sur la Wikiversité

    C'est sur cette plateforme que AccessiProf a domicilié ses mallettes pédagogiques numériques.

    Et AccessiProf, c’est qui ?

    C'est une communauté d'enseignants du terrain, soutenue par le CNED* et le FIPHFP**, qui propose une collection d’outils pour les enseignants du primaire et du secondaire.

    Mallettes AccessiProf sur la Wikiversité

    A ce jour, trois mallettes ont vu le jour :

    - Les troubles du comportement

    Après avoir expliqué la différence entre problèmes de comportement et troubles du comportement, sont détaillées les origines possibles du trouble : les facteurs familiaux, scolaires, culturels et leurs conséquences émotionnelles.
    Puis le rapport aux règles de classe de l’élève souffrant de troubles est expliqué. Une méthodologie propose alors des actions à mettre en place pour gérer au quotidien ces troubles.
    Enfin, les enseignants ayant participé à ces écrits nous livrent une liste de jeux, des activités et des outils clés en main. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, les références littéraires et scientifiques à ces articles sont données.

    -  L’autisme

    Une formation de 2h est proposée par Élisabeth BINTZ, ancienne enseignante spécialisée, conseillère pédagogique et IEN en ASH, et qui est désormais Inspectrice en éducation prioritaire. On trouve d’abord des réponses à une question pratique : comment installer un élève autiste en classe ?
    Puis comment mener les apprentissages en langage, lecture et mathématiques avec un enfant présentant ce trouble.

    - La différenciation pédagogique

    Une équipe d’enseignants de l’ordinaire et du spécialisé  s'est penché sur cette question. Après des apports et des références théoriques (définition de la différenciation, besoins et profils des élèves), une méthodologie est proposée pour aider les enseignants à construire leurs propres outils de différenciation : que différencier ? Comment bien différencier ? Quelles sont les différentes façons de travailler en classe pour mener cette différenciation ?
    Des outils clés en main sont proposés pour aider dans cette voie : une grille d’aide, des conseils et exemples pour des exercices en français, et une liste de variables en mathématiques sur lesquelles on peut agir pour différencier.
    Enfin, des conseils pour travailler avec les parents, les autres partenaires et s’approprier les outils institutionnels (PPRE, PAP et PPS) ainsi qu’une liste de références webographiques et bibliographiques.

    C’est à la conception de cette dernière mallette que j’ai eu le plaisir de participer. Plaisir aussi de rencontrer des enseignants d’horizons divers, d’échanger hors du rythme effréné de la classe et de travailler autrement : merci encore à Virginie qui nous a guidés sur ces journées, avec patience et compétence !

    Merci aussi à Onaya, auteur du blog « ABCD, blog d’une maîtresse D », qui m’a fait connaître cette initiative. Si vous ne connaissez pas, je vous invite à découvrir ses ressources !

    Mallettes AccessiProf sur la Wikiversité

    ***

    Vous pouvez contribuer vous aussi, en participant à l’élaboration des futures mallettes (les troubles dys, la gestion de la classe et les élèves à haut potentiel) ou en faisant évoluer les mallettes existantes.
    Plus d’informations ici.

    Et à garder dans vos favoris, pour vous tenir au courant de l'évolution du projet, l'adresse du site AccessiProf : https://accessiprof.org/

    ***

    * CNED : Centre National d’Enseignement à Distance

    **FIPHFP : Fond pour l'Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique

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  • Suite de la séquence sur l'alimentation (début )

    ***

    Séance 5 : un menu équilibré
    "Travaux pratiques": analyser un repas d'un enfant de 12 ans et composer un menu équilibré. Trouvée chez Petitcaillou, je vais utiliser la séance 3 et les documents associés : http://petitcaillou.eklablog.com/sciences-ce2-c692546

    (A télécharger sur son blog)

    menu enfant 12 ans      activité composer un menu   

    plats pour activité composer un menu

    Pour aider à la construction d'un menu équilibré, nous allons lire la fiche établie à partir des documents de l'INPS et disponible ici, sur le site de l'IEN Montélimar (annexe 14) :

    http://www.ac-grenoble.fr/ien.montelimar/spip.php?article29

    Fin de séquence sur l'alimentation

    Sur ce même site, un extrait de Bon appétit : un article sur les féculents, annexe 11, histoire de rappeler que les frites ne sont pas des légumes.

     Fin de séquence sur l'alimentation

     ***

    Avant cette séance, demander aux élèves d'amener l'emballage de leur gâteau ou produit préféré.

     Séance 6 : les étiquettes servent-elles à choisir ?

    En début de séance, la maîtresse demande : à quoi ça sert, les étiquettes présentes sur les aliments ?

    Puis visionnage du film des Fondamentaux, Canopé : Les étiquettes servent-elles à choisir ?

    Fin de séquence sur l'alimentation

    Lecture des étiquettes d'emballages amenés par la maîtresse et les élèves, en particulier les gâteaux et les pâtes à tartiner (surtout les lipides !)

    Compléter la dernière trace écrite avec les mots lipides, glucides et protéines.

    Édit après la séance : finalement, trace écrite à part.

    A quoi servent les étiquettes ?

    Elles servent à nous renseigner sur ce qu'il y a dans l'aliment.

    On va trouver des renseignements sur :
    - la quantité d'énergie en Joules ou en calories,
    - la quantité de protéines = les aliments bâtisseurs (comme les viandes, les œufs ou les poissons...),
    - la quantités de lipides (matières grasses) et de glucides (féculent ou sucres) = aliments énergétiques,
    - la quantité de minéraux (fer, calcium, zinc, magnésium...), de fibres et de vitamines = aliments protecteurs.

    Pour pouvoir comparer les produits entre eux, le fabricant doit donner ces quantités pour 100g, puis, à côté, pour une portion.

    Distribué ensuite : un "En savoir plus" sur les protéines végétales.

    Fin de séquence sur l'alimentation

    Télécharger « Les protéines végétales.pdf »

     ***

    Séance 7 : avons-nous tous les mêmes besoins ?

    Devons-nous tous manger la même chose ? Conceptions initiales relevées au tableau.

    Visionnage du film des Fondamentaux, Canopé : Avons-nous les mêmes besoins ?

    Fin de séquence sur l'alimentation

    Puis projection des tableaux des besoins estimatifs journaliers en fonction de l'âge et de l'activité. Que remarquez-vous ? (dépend du sexe, de l'âge, de l'activité)

    Fin de séquence sur l'alimentation

    Télécharger « Besoins énergétiques estimatifs.pdf »

    Pour faire du sport, faut-il mange plus alors ? De quel types d'aliments ? Relevé des conceptions initiales.

    Visionnage de la vidéo des Fondamentaux  : Une alimentation spécifique pour faire du sport.

    Fin de séquence sur l'alimentation

    Trace écrite visée :

    On mesure en kilocalories ou kilojoules la quantité d'énergie apportée par les aliments.
    La quantité nécessaire par jour dépend du sexe, de l'âge et de l'activité physique :
    - Les hommes ont besoin de plus d'énergie que les femmes, toutes choses égales par ailleurs : activité, poids, âge et taille.
    - Les enfants voient leurs besoins augmenter en fonction de leur croissance, le pic étant à l'adolescence ; ces besoins diminuent ensuite à l'âge adulte.
    - L'activité sportive augmente les besoins. Il faut continuer à avoir une alimentation équilibrée, et favoriser les glucides comme le riz et les pâtes qui sont des sucres lents, sans oublier de boire beaucoup.

     ***

    Séance 8 : évaluation

     Fin de séquence sur l'alimentation

    Fin de séquence sur l'alimentation

    Télécharger « eval alimentation.pdf »

    ***

    Pour aller plus loin :

    Mange-t-on partout de la même façon ?

    Éducation au développement durable, manger responsable

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